David Moreau et le cinéma de genre à la française

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David Moreau, réalisateur français de renom, a imposé sa marque dans le cinéma de genre en repoussant les frontières de la narration conventionnelle. Ses œuvres, caractérisées par une variété de thèmes et de styles, explorent différents segments, du thriller psychologique à la comédie romantique, et témoignent d’une approche audacieuse. Le réalisateur David Moreau ne se contente pas de suivre les codes établis, mais les réinterprète pour créer des œuvres originales, avec l’ambition de contribuer à l’essor des films de genre en France.

Sommaire

Un talent unique à revisiter les genres en mélangeant les codes

Le thriller « Ils », l’un des films les plus célèbres de D. Moreau, est un exemple éloquent de sa capacité à redéfinir le genre. Plutôt que de s’appuyer sur des rebondissements extravagants ou des effets spéciaux, il construit le suspense grâce à une atmosphère oppressante et une tension psychologique croissante. Cette approche minimaliste et centrée sur l’ambiance montre son habileté à susciter la peur et l’anxiété, non pas par ce qui est explicité, mais par ce qui est suggéré.

Avec « 20 ans d’écart », David Moreau s’attaque au genre de la comédie romantique, mais à sa manière. Plutôt que de suivre la formule traditionnelle, il intègre des éléments de satire sociale et des observations perspicaces sur les relations modernes. Ce film démontre sa capacité à mélanger humour et émotion, tout en offrant une réflexion subtile sur des thèmes de société incontournables tels que l’âge, l’amour et les normes sociétales.

Toujours fermement décidé à ne pas se laisser enfermer, il aime à combiner des éléments de drame, de comédie, de suspense et parfois même de fantastique, afin de créer des narrations uniques. Cette capacité à brouiller les lignes lui permet de surprendre constamment son public et de maintenir un intérêt soutenu tout au long de ses films.

Ce qui distingue vraiment David Moreau dans le cinéma de genre, c’est son utilisation innovante des conventions. Il connaît les attentes liées à chacun d’entre eux, mais choisit de les transformer pour subvertir les anticipations du public. En jouant avec les tropes classiques, il crée des films qui sont à la fois familiers et frais, accessibles, mais imprévisibles.

David Moreau, un ardent défenseur du cinéma de genre français

David Moreau déplore régulièrement la faible popularité du cinéma de genre en France, alors que les Américains multiplient les succès et réussissent même à créer des franchises très lucratives. Il souligne cependant que la production et la distribution de ce type de film dans l’Hexagone ne sont pas viables économiquement. Les budgets pour la réalisation et le marketing sont souvent « modestes ».

Dans le registre du fantastique, par exemple, « Seuls », son teen movie sorti en 2017, a réalisé moins de 400 000 entrées, très loin des millions d’entrées enregistrées par des blockbusters destinés aux adolescents et jeunes adultes comme Hunger Games ou Divergente, qui trustent systématiquement les premières places du classement dès la première semaine.

Selon D. Moreau, si les films français de genre peinent à séduire le public, c’est surtout pour une question de crédibilité.
Sur le segment de la SF, par exemple, le surréaliste est peu ancré dans l’imaginaire collectif francophone, peut-être parce que le pays accuse un certain retard dans le domaine de la conquête spatiale et des avancées technologiques.
De plus, les spectateurs semblent avoir du mal à croire aux événements « extraordinaires » lorsqu’ils sont intégrés dans leur réalité, avec des acteurs qu’ils ont pu apercevoir dans des comédies ou des drames sociaux.

Pour s’affranchir de ces barrières, nombreux sont les projets français qui sortent en anglais afin de gagner en valeur à l’international et améliorer leurs chances d’obtenir les financements nécessaires. Preuve de l’influence de la langue, lorsque les Américains apprécient une production française, ils préfèrent reprendre l’idée et développer le film en anglais plutôt que de travailler sur des sous-titres.

La contribution de David Moreau au développement du cinéma de genre français

Pour autant, et malgré l’implacable monopole du cinéma hollywoodien, le réalisateur refuse de considérer le cinéma de genre comme leur pré carré. Il estime ainsi que toute l’industrie tricolore doit s’affranchir de certains complexes vis-à-vis de ces derniers.
Plutôt que d’essayer de faire du « made in France » avec des thèmes surexploités outre-Atlantique, il estime plus judicieux de miser sur l’originalité, en puisant dans le patrimoine et l’histoire riches de notre pays .D.Moreau s’efforce de développer et promouvoir le cinéma de genre en France via le choix de thématiques variées, et sa réinterprétation créative.

Par cette approche, il souhaite que le public parvienne à s’identifier à des protagonistes qui lui ressemblent. Ainsi, le décor de « Seuls » n’est pas sans rappeler les nouvelles cités-banlieues qui ont poussé à la périphérie de Paris. Côté casting, les interprètes composent un groupe d’ados socialement cosmopolite, et mettent avant les codes de la jeunesse française des années 2010.

En matière de mise en scène, de nombreux clins d’œil au cinéma américain se retrouvent dans cette adaptation des trois premiers albums de la BD française à succès « Seuls », écrite pour le magazine Spirou par Bruno Gazzotti et Fabien Vehlmann. Porté par « la fraîcheur » de la bande, qui livre une prestation louable afin d’apporter cette crédibilité qui parait plus aisée chez les baby stars américaines, le film s’est attiré la sympathie des critiques. Si, comme nombre de ses prédécesseurs, l’œuvre se heurte au manque de curiosité du public, et un final qui laisse un goût d’inachevé, l’essai est jugé prometteur.

Malgré les écueils, la filmographie de David Moreau a contribué à élargir les horizons du cinéma français, principalement axé sur le drame, l’art et l’essai. En mélangeant les genres, en jouant avec les conventions et en intégrant des éléments de critique sociale, il démontre que le cinéma de genre français peut être à la fois profond, divertissant, enrichissant et visuellement captivant. Mais surtout, il ouvre la voie à l’innovation artistique et la narration complexe. Pour beaucoup, D. Moreau ne se contente pas de faire des films dans différents genres, il redéfinit ce que ces genres peuvent être.

Filmographie :

  • 2020 KING
  • 2016 SEULS
  • 2013 20 ANS D’ÉCART
  • 2008 THE EYE – Co-réalisé avec Xavier PALUD
  • 2006 ILS – Co-réalisé avec Xavier PALUD